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Santé visuelle : les entreprises doivent inciter les salariés à consulter un ophtalmologue, même s’ils ont une bonne vue

20 janvier 2026
Temps de lecture estimé : 1 min
Santé visuelle : les entreprises doivent inciter les salariés à consulter un ophtalmologue, même s’ils ont une bonne vue

Sous l’effet notamment du vieillissement de la population et de nos modes de vie, la santé visuelle des Français se dégrade. Or, si une maladie visuelle n’est pas détectée à temps et soignée, elle peut provoquer une cécité, c’est-à-dire la perte de la vue. Il est important que chacun en prenne conscience. Heureusement, de bonnes pratiques peuvent enrayer le phénomène. Les entreprises ont un rôle à jouer, en relayant les messages de prévention, souligne Aude Couturier, professeur d'ophtalmologie à l'Université Paris Cité, par ailleurs chef de service à l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild et à l’AP-HP, et directrice générale de l’Institut Français de Myopie.

Interview
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Aude Couturier Professeur d'ophtalmologie à l'Université Paris Cité 20 janvier 2026

Que regroupe la notion de santé visuelle ?

La santé visuelle fait référence au bon fonctionnement des yeux et du cerveau, à son suivi régulier et à son éventuelle prise en charge. Différents types d’atteintes de la fonction visuelle existent : baisse de l’acuité visuelle, présence de tâches dans la vision (scotomes) ou amputation du champ visuel. Par exemple dans certaines pathologies, il est possible d’avoir une acuité mesurée à 10/10ème à chaque œil mais un champ visuel qui est très rétrécit. Les troubles de la réfraction, telles que la myopie, l’hypermétropie, l’astigmatisme et la presbytie, peuvent être facilement corrigés en portant des lunettes de vue ou des lentilles de contact. 

Il en va autrement pour les maladies visuelles, comme la myopie pathologique. Cette myopie forte (à partir de – 6.00 dioptries) progresse avec le temps, alors que la myopie moyenne (entre – 3et – 6 dioptries) se stabilise le plus souvent vers l’âge de 20-25 ans. On peut aussi citer le glaucome lié à l’atteinte du nerf optique, la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge ) qui engendre une atteinte du centre de la rétine, la cataracte qui est une opacification partielle ou totale du cristallin, ou encore la rétinopathie diabétique qui est une atteinte de la rétine liée au diabète. Ces pathologies peuvent provoquer une perte de la vision centrale voire la cécité, c’est-à-dire la perte de la vue.  

Les maladies visuelles progressent-elles ?

Oui, sans conteste. Par exemple, on estime que 50% des populations des pays développés seront myopes en 2050, dont 10% auront une myopie forte. En Asie, 80% à 90% des enfants sont déjà myopes. Les modifications des habitudes de vie, avec moins de temps passé en extérieur et plus de temps passé à l’intérieur avec des activité en vision de près expliquent cette forte augmentation de la myopie. 

Si l’impact de la forte consommation d’écrans sur la qualité du sommeil est documenté, le lien entre cette consommation et le développement des maladies visuelles n’est, pour l’instant, pas prouvé. Ce que l’on sait, en revanche, c’est qu’une vision prolongée de près a un impact sur la santé visuelle et le développement de la myopie. 

De plus, le vieillissement de la population, lié à l’allongement de l’espérance de vie, explique l’augmentation de la prévalence de nombreuses pathologies ophtalmologiques, telles que lacataracte et la DMLA.  

Le diabète constitue également un facteur de risque de maladie visuelle. Certains patients diabétiques peuvent malheureusement devenir aveugles du jour au lendemain si aucun dépistage ni suivi ophtalmologique n’est réalisé! Or, nous assistons à une véritable épidémie de diabète de type 2 dans le monde, causée par nos modes de vie, marqués par la sédentarité et une alimentation trop grasse et trop sucrée, qui engendrent du surpoids et de l’obésité. 

Comment se prémunir des maladies visuelles ?

Lorsque l’on lit un livre, que l’on travaille sur ordinateur ou que l’on visionne un film sur une tablette, c’est-à-dire dès lors que l’on regarde longtemps de près, il est recommandé respecter la règle des « 20/20/20 » : toutes les 20 minutes, il faut regarder 20 secondes à 20 mètres. Cette pause permet de soulager l’accommodation. Cette règle est proposée principalement aux enfants et jeunes adultes afin de limiter l’apparition ou la progression de la myopie mais pourrait certainement être étendue à tous les adultes travaillant de façon continue sur écrans. 

La lumière naturelle est primordiale pour la santé visuelle. Il est recommandé, surtout pour les enfants, de passer au moins deux heures par jour à l’extérieur. Mais attention, quand il fait beau, il est important de protéger ses yeux en portant des lunettes de soleil ou, à défaut, un chapeau ou une casquette. 

Par ailleurs, compte tenu de l’impact du diabète sur la santé visuelle, il est important d’adopter une alimentation équilibrée, telle que le régime crétois : des fruits, des légumes, peu de viande, des poissons gras comme la sardine ou le maquereau, et des Omega 3 que l’on trouve, par exemple, dans l’huile d’olive ou de colza. 

Enfin, la consommation de tabac a une incidence sur la santé visuelle. Cela constitue un très bon argument pour arrêter de fumer ! 

Comment l’employeur peut-il protéger les salariés des maladies visuelles et les sensibiliser sur le sujet ?

De plus en plus d’entreprises installent des filtres anti-lumière bleue sur les écrans des ordinateurs. Si cet équipement peut améliorer la qualité du sommeil des salariés, il n’a pas d’effet démontré sur leur santé visuelle. L’employeur doit plutôt encourager les collaborateurs qui travaillent longtemps sur écrans à faire des pauses régulières et à respecter la règle des « 20/20/20 ». 

Que ce soit pour leur santé en général ou leur santé visuelle en particulier, les entreprises ont un rôle à jouer en relayant des messages de prévention auprès des salariés : arrêt du tabac, alimentation équilibrée, activité physique régulière… autant d’habitudes qui profitent à l’ensemble du corps, y compris aux yeux. Elles doivent aussi encourager leurs collaborateurs à consulter un ophtalmologue régulièrement, même en l’absence de troubles apparents — tous les deux à trois ans, ou chaque année à partir de 40 ans. Une simple visite peut permettre de détecter un début de glaucome, souvent silencieux mais aux conséquences graves s’il n’est pas pris en charge. Car la santé des yeux ne se limite pas à la vision : elle peut aussi révéler des pathologies plus larges, comme le diabète ou l’hypertension. Prendre soin de sa vue, c’est donc aussi veiller à sa santé dans son ensemble. 

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